La taxe par tête

En 1885, le gouvernement fédéral, sous la pression du Gouvernement de Colombie Britannique, impose une « taxe d'entrée par tête » de 50 $ à chaque immigrant chinois. Seules six catégories de personnes étaient exemptées: les diplomates, les membres du clergé, les marchands, les étudiants, les touristes et les scientifiques. À cette époque, l'ouvrier chinois moyen ne gagnait que 225 $ par an.  Après déduction des frais de nourriture, des vêtements, du loyer, des soins médicaux et d’autres dépenses, il ne lui restait que 43 $ sur une année. Cette taxe d’entrée par tête était destinée à décourager les ouvriers chinois de venir au Canada en leur imposant une lourde charge financière. Cet impôt est porté à 100 $ en 1901, et de nouveau à 500 $ en 1903. En dépit de la lourde taxe, les travailleurs chinois ont continué à affluer, car ils étaient soit au chômage ou ne gagnaient que 2 $ par mois en Chine alors qu'ils pouvaient gagner de 10 à 20 fois plus au Canada. À cette époque, il n'y avait pas de bureau d'immigration à Hong Kong, d’où presque tous les Chinois provenaient. Quand un navire, généralement porteur d'une centaine ou plus de passagers chinois, arrivait à Victoria, ils étaient alignés sur le quai et escortés au bureau d’immigration semblable à un poste de prison. Ils étaient soumis à des examens médicaux, et ensuite à la vérification de leur capacité à payer la taxe par tête. S’ils n’en avaient pas les moyens, ils devaient attendre leurs parents ou amis à venir payer pour eux. Ce processus pouvait prendre plusieurs jours voire semaines, et pendant ce temps, les immigrants chinois étaient confinés dans des cellules où les ouvertures étaient occultées par des écrans ou des barres de fer pour éviter les évasions. Ils gravaient et écrivaient des vers en chinois sur les murs pour exprimer leur colère et leur amertume. Un de ces poèmes disait : « Ayant amassé plusieurs centaines de dollars, j'ai quitté mon pays natal pour une terre étrangère. À ma surprise, je suis gardé dans une cellule de prison! Je ne vois ni le monde extérieur, ni mes chers parents. Quand je pense à eux, les larmes commencent à tomber. À qui puis-je confier ma tristesse lugubre? »